Elle m'avait déjà raconté une fois. Elle disait que dans sa plus tendre enfance, elle avait été gentille et généreuse; et, aussi suprenant que cela puisse paraitre, elle avait été une petite fille modèle. Peut-etre un peu trop, qui sait? Ca lui avait couté cher. Elle aidait tout le monde, elle aimait rendre service, elle soutenait ses "amis" parce qu'elle les aimait, et exécuterait toutes les taches du monde pour un sourire.
Oui, elle était naïve mais que voulez-vous. Malgré tout, elle se retrouvait toujours seule dans la cour, on la regardait toujours de travers, on rigolait derriere son dos. Et elle s'isolait toujours derriere une petite cabane, et elle rêvait, elle chantait, elle murmurait, seule. Elle trouvait également que le monde ne lui faisait pas confiance, car même avec toute la gentilesse qu'elle dégageait, aucun d'entre eux ne la prenait pour une amie, et elle faisait toujours le premier pas: elle s'en était rendu compte un jour, après avoir aidé une jeune fille, cette dernière ne lui adressait plus la parole. Et pourquoi se faisait-elle toujours rejeter par les autres ? Elle s'était dressée devant un miroir et elle a réalisé une chose: elle était complètement différente des autres. Elle s'est rendu compte qu'elle n'était qu'un pion dans ce grand échiquier qu'est la vie; elle a pris la sienne en main. Un matin, en retournant en cours, elle a cessé de sourire. Elle avait le regard sombre et droit, elle traçait son chemin et restait silencieuse, comme une tombe. Oui, c'en était une, elle était morte d'avoir voulu être si serviable, et morte d'avoir souhaité de la compagnie; car celle-ci, malheureusement, ne dure jamais. Et Sick l'avait bien compris. Quand il y avait un groupe d'enfants s'amuser ensemble, Sick, elle, voyait des petits chiots qui allaient en réalité se mordre plus tard, et elle les maudissait.
Sick m'a dit que personne n'avait remarqué son changement, alors ils se comportaient avec elle, comme on se comporte avec un robot qui nous offrirait tout ce qu'on lui ordonne. Ah tiens, y'avait cette même fille là, elle a débarqué avec sa bande, en lui demandant un service, avec cet air de pétasse. Sick a rigolé. Elle a rigolé avant d'approcher son visage du sien, en lui chochutant à l'oreille "don't talk to me again, fucking bitch"; et elle est partie.
Sick a baissé la tête et fermé les yeux, avant de me dire que depuis ce jour, elle n'a compté que sur elle même, et elle est restée seule, puisqu'elle detestait le monde et que le monde la detestait. Et j'y repense encore parce que je m'y vois. Apres tout, Sick et moi logeons dans un même corps, on a presque les mêmes traces. Oui Sick a raison, je ferais mieux de laisser faire; ainsi je vivrais mieux ?



